Réceptivité des femelles lors de l’accouplement et reproduction chez les mygales

Je tiens à remercier tout particulièrment mon ami Jean-Jacques Pérès pour me permettre de publier ses travaux, je suis sûr que ceci intéressera de nombreux et nombreuses passionné(e)s de passage sur ce blog 😉

Et n’oubliez pas que la connaissance est plus importante encore que ce que vous possédez dans vos terrariums, elle n’a pas de prix !

Bonne lecture !

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Réceptivité des femelles :

On peut définir la réceptivité des femelles comme étant la période d’acceptation de l’accouplement. Cet état est bien évidemment fondamental puisqu’il conditionne la réussite de la reproduction.
Or, les femelles passent par des phases de réceptivité et des phases de périodes réfractaires, sans que l’on connaisse les raisons ces états.
Ainsi, dans ce qui va suivre, nous nous contenterons de donner des pistes d’investigation pour la compréhension de ce phénomène, dont nous ne connaissons que peu de choses.

Lorsqu’une femelle est réceptive, elle recherche l’accouplement de manière active, par une parade d’invitation à l’accouplement (cf cette partie). A l’inverse lorsqu’elle n’est pas réceptive, elle se refuse de différentes manières (indifférence, retraite ou fuite, agressivité,…).

Reconnaître la réceptivité d’une femelle avant l’introduction du mâle est fort utile pour prévoir les réactions du couple lors de la mise en présence. Plusieurs expériences réalisées par Dr JJ Pérès et rapportées également par M. Denis Duverger permettent de parvenir à cette fin :

1) Récolter de la soie aux filières du mâle au moyen d’un pinceau, et présenter le prélèvement à la femelle ; observer des signes éventuels de réceptivité.
2) Prélever des débris de toile spermatique du mâle, diluer dans du sérum physiologique et pulvériser dans le terrarum de la femelle ; observer la réaction.
3) Mettre la femelle dans le terrarium du mâle que l’on a retiré ; observer la réaction.
4) Placer le mâle dans une cage grillagée dans le terrarium de la femelle ; observer la réaction.

Chez certaines espèces, principalement les terrestres, le mâle qui s’immisce sous la femelle pour le coït caresse, dans un mouvement de va-et-vient de la face dorsale de ses pédipalpes, la partie située entre la jonction du thorax et le sillon épigastrique de l’abdomen de la femelle. Cette zone, souvent glabre ou moins fournie en poils, semble de nature « érogène » puisque sa stimulation, au moyen d’un petit pinceau plat dont le milieu a été évidé, provoque la posture d’acceptation chez une femelle réceptive (expérience de Dr Pérès chez Lasiodora parahybana, ), ce qui est une moyen direct de détermination de la réceptivité (possible uniquement chez des espèces assez dociles), peut-être assez subjectif cependant (car la position d’acceptation ressemble à une posture d’intimidation)
Quand ont lieu les périodes de réceptivité des femelles ?

1) Par rapport à la mue : on constate en général que les femelles sont le plus réceptives dans les semaines qui lui font suite. Il est donc souhaitable de tenter des accouplements dans un délai de quinze jours à trois mois après la mue. Pour comprendre le pourquoi de cette période favorable, il est nécessaire de se réfèrer au cycle reproducteur dans la nature : on note que, pour de nombreuses espèces, les accouplements sont saisonniers, les mâles adultes n’étant présents qu’en des périodes bien précises, fin de l’été et automne par exemple chez Aphonopelma. La mue de maturité de ces mâles précède de peu celle des femelles (jeunes adultes, ou dont les juvéniles viennent de s’émanciper), et on comprend donc que les accouplements aient lieu peu après l’exuviation.

2) Dans le cycle annuel : de nombreuses observations effectuées à partir des mygales élevées en captivité tendent à prouver que la plupart des espèces réagissent aux variations saisonnières si on leur en donne la possibilité (photopériode, hygrométrie, écarts thermiques nycthéméraux et saisonniers). Parallèlement, nous pensons que certaines espèces de mygales réagissent aux variations saisonnières européennes, lorsque ces variations influent évidemment sur les paramètres d’ambiance des animaux maintenus. D’après ces données, il semblerait que, selon les espèces, les femelles s’accouplent mieux en automne (espèces nord- et centre américaines, Schmidt), hiver ou printemps (espèces sud américaines, même réf ). L’été ressort comme étant la période la moins favorable.

Remarque : lorsque les paramètres d’ambiance sont contraires aux paramètres recommandés pour la période considérée, il arrive fréquemment que des femelles ne soient pas réceptives, même au sortir de la mue. On voit donc toute l’importance d’appliquer des variations saisonnières cohérentes et adaptées à chaque espèce élevée.

Induction de la réceptivité :

En cas de non réceptivité, certaines observations et expériences réalisées de nombreuses fois par M. Pérès chez Lasiodora parahybana sont intéressantes :

– Une femelle non réceptive est placée dans le terrarium d’une femelle réceptive (retirée) : après un intervalle très court (trois jours), on constate que la femelle est devenue réceptive. Même résultat lorsque la femelle est introduite dans le terrarium d’une Brachypelma albopilosa réceptive.

– Un prélèvement de toile spermatique est mis en solution dans de l’eau distillée, puis pulvérisé dans terrarium d’une femelle non réceptive. Le lendemain, ou très vite, (dans les trois jours), la femelle devient réceptive.

– Une femelle non réceptive est placée dans le terrarium d’un mâle adulte, pendant quelques jours. Elle devient réceptive.

– Une injection d’hémolymphe d’une femelle réceptive dans l’articulation d’une femelle non réceptive rend celle-ci réceptive dès le lendemain (expériences réalisées plusieurs fois avec Lasiodora parahybana, Brachypelma albopilosum et vagans, Poecilotheria regalis).
Quels que soient les genres et espèces parmi ceux expérimentés, le fait d’injecter de l’hémolymphe d’une femelle réceptive rend réceptive n’importe quelle femelle d’autre genre ou espèce (exemple : une injection d’hémolymphe d’une Poecilotheria regalis réceptive rend réceptive une Brachypelma albopilosum non réceptive).

L’enseignement que l’on peut tirer de ces observations et expériences est que la réceptivité se traduit très vraisemblablement par un statut endocrinien (ou neuro-endocrinien) précis, et qu’elle peut être assez facilement influencée par les phéromones de femelles réceptives ou de mâles adultes.
Expérience sur l’alimentation des femelles

Matériel et méthodes :

Les mygales sont quatre Lasiodora parahybana nées le 22/05/90.
Elles sont placées dans les mêmes conditions de maintenance.
Elles sont notées A, B, C, D.

A est surnourrie : à quatre ans, trois souriceaux par semaine.
B, est moins nourrie, mais beaucoup plus nourrie que la moyenne cependant : à quatre ans, un souriceau et deux Blabera fusca adultes par semaine
C est nourrie normalement : à quatre ans, deux Blabera fusca adultes tous les quinze jours.
D est très peu nourrie : à quatre ans, deux Blabera fusca adultes par mois.

Le 15/11/95, les quatre mygales sont accouplées.

Résultats et discussion :

Les mygales sont pesées dans un sac en plastique à l’aide d’un pèse-lettres :

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Il est remarquable de constater que la femelle la moins nourrie est celle qui a produit le cocon le plus lourd.
Il est également intéressant de noter qu’à l’éclosion des jeunes, cette mygale accusait un déficit de poids corporel très faible (2g) en comparaison avec la mygale la plus suralimentée qui a perdu 11g.
Il est donc évident que la surcharge pondérale est non seulement inutile mais néfaste en terme de prolificité (chez Lasiodora parahybana tout au moins)  »

Par Jean-Jacques PERES

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